ELECTIONS COMMUNALES : un an de gâchis…

Il y a un an, on s’en rappelle certainement, les Guinéens étaient conviés aux urnes pour élire leurs maires ruraux et urbains. Ce jour-là, même avec la faible affluence que les observateurs avaient notée toute la journée, beaucoup envisageaient la suite avec soulagement. Car l’effectivité de ces élections était tout d’abord perçue comme le terminus d’une agitation politique qui n’avait que trop duré. On se souvient en effet des interminables manifestations de l’opposition réclamant la tenue des communales. Du côté des citoyens, avec un brin de naïveté, on caressait l’espoir qu’avec ce scrutin, on disposerait enfin d’élus locaux plus légitimes et plus à l’écoute des préoccupations de la base. Surtout que le précédent exercice du genre remontait à 13 ans tout de même. C’est dire que le scrutin n’était pas sans intérêt. Or, un an après, quel bilan peut-on en faire ? Force est de reconnaître qu’on n’a rien à se mettre sous la dent. Le grand miracle qui devait en résulter n’est pas au rendez-vous. Tout au contraire, les agitations politiques sur fond de manifestation et d’appels à la ville-morte se sont poursuivies.  Des pertes en vies humaines, un pays paralysé, une tension exacerbée et un fossé plus béant encore entre les gouvernants et les gouvernés. Mais par-dessus tout, on a cette lenteur que l’installation des exécutifs communaux a connue. Au point que 14 des 342 ne sont pas encore installés. 365 jours après leur élection théorique. Autant de problèmes qui font conclure à notre rédaction que cette première année est une année de gâchis. Une année sur laquelle nous revenons dans les lignes qui suivent.

Beaucoup d’espoirs…déçus !

Après 13 ans de tergiversation, les Guinéens avaient de nouveau l’occasion d’élire leurs maires. L’enjeu était de taille. D’autant plus que l’’occasion leur était offerte de donner une nouvelle légitimité à leurs représentants locaux, « périmés » depuis des années ou nommés à la suite d’arrangements politiques.  Aussi, à travers ces consultations, par-dessus tout, le pays s’offrait une chance de regagner la confiance des investisseurs et relancer le processus de la décentralisation. Ainsi, dans les représentations diplomatiques, ce scrutin a été perçu comme une opportunité de changer l’image de la Guinée à l’international.

Malencontreusement, très vite, l’espérance a laissé place à l’exaspération et à la déception. Dès l’entame de la campagne, en effet, le RPG-arc-en-ciel, parti au pouvoir, a voulu marquer sa notoriété dans toutes les communes du pays, en déployant les membres du gouvernement dans les localités dont ils sont originaires. Ce que l’Union des forces démocratiques de Guinée, principal parti d’opposition ne pouvait admettre, sachant qu’au-delà de l’élection des maires, les chefs de quartier seront désignés au prorata des résultats du scrutin et qu’ils auront un pouvoir considérable en termes d’influence sur la population lors des prochaines batailles électorales. Ainsi, sans le savoir, ni peut-être le vouloir, les deux grandes formations politiques du pays ont donné une allure de présidentielle à ce scrutin local, entrainant les ‘’petits partis’’ et ravivant les tensions à tous les niveaux, durant toute la campagne. Et, à plusieurs endroits, des affrontements entre militants ont été signalés avant même le jour du vote, faisant d’importants dégâts matériels et humains par-ci par-là.

Le feu aux poudres

Le jour du vote la méfiance était déjà palpable.Il ne restait plus qu’un ingrédient pour déclencher les violences : les irrégularités. Et à la mi-journée déjà, l’opposition dénonçait un scrutin marqué par des faiblesses organisationnelles et l’absence de procédures juridiques adéquates. Dans la presse également, de nombreuses irrégularités ont été évoquées : vote abusive par procuration, distribution incontrôlée des cartes d’électeurs, retard à l’ouverture des bureaux, du matériel et des procès-verbaux en quantité insuffisante, accès parfois restreint aux salles de dépouillement, etc. Mais, c’est à la nuit tombée, lors des opérations de centralisation, que se sont produits les incidents les plus sérieux.

A Kaloum, par exemple, à la devanture de la mairie, les services de sécurité en sont venus aux mains avec les agents électoraux provoquant des mouvements de foule. Pendant ce temps, rapportait par la suite la presse étrangère, des urnes, dont certaines totalement ouvertes, étaient entassées dans la cour, permettant à des personnes non identifiées de manipuler leurs contenus.

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