De Mandela à Bokassa, le masque est tombé (Tribune)

Des colonnes de fumée s’élevant vers un ciel desséché, des cailloux jonchant les rues où brûlent de la pneumatique avachie, des scènes d’intifada et des courses poursuites, le tout imbibé du sang humain, voilà le triste décor d’un pays qui culbute, à force de s’enliser dans une crise qui n’en finit point.

Les médias du monde s’en délectent, ils en font leurs choux gras, oui, depuis plus de vingt quatre heures, mon pays est à feu et à sang et occupe hideusement le devant de la scène diplomatique et médiatique. Ne faut-il que l’on entende parler de notre pays que sous ce prisme du miroir brisé ? Que sous cet angle d’écran de fumée, de scène de guérilla urbaine, d’intifada, de chasse à l’homme, tout ça soldé par une infinitude de vies humaines tailladées, ébréchées, abrégées ? J’en parle le cœur en marmelade, j’en ai marre le cœur meurtri bon sang de Dieu, j’en ai les larmes aux yeux de savoir que mon pays est en train de sombre pour satisfaire les appétits mortifères d’un octogénaire sans scrupule.

A cause du refus obstiné d’un vieil homme sans sagesse de tenir parole, de respecter l’engagement pris devant ses concitoyens il y a neuf ans à Conakry, une main sur le cœur, l’autre sur la constitution; à cause du refus d’un Alpha aux innombrables rides de remplir dignement, dans les limites réglementaires, les devoirs de sa fonction, de pauvres hères vont être mutilés, plus d’une dizaine de Guinéens sont encore tombés sur le champs d’honneur afin de libérer la patrie. Ma très chère patrie, la Guinée, se rue dans de violentes turbulences. Le fléau endémique des troisième mandats aura eu le dessus. Un phénomène qui fournit des arguments aux détracteurs de l’Afrique et étaye la façon dont nous sommes vus et jugés au-delà de nos frontières. Il se dit de nous que “l’Africain n’est pas un homme de parole; les serments, pour lui, ne sont que des mots, et les mots que du vent”. Ce n’est pas seulement un cliché!

En décembre 2010, un sexagénaire, presque vieil homme, laborieusement, était sorti des urnes à Conakry. Dix ans après, il n’est plus qu’un vulgaire assoiffé de pouvoir aux penchants autocratiques. Un troisième mandat pour en faire quoi? Ou, à quoi sert-il d’accéder au pouvoir par voie démocratique si on ne peut pas, dans le délai constitutionnel convenu, passer le témoin, par souci de prémunir son peuple du chaos ? L’image que cher El Présidente et ses semblables renvoient au monde dégrade le continent : la pratique de manipuler les constitutions, de s’accrocher au pouvoir envers et contre tout étant très vive dans cette partie de la planète où l’on compte les plus barbares autocraties. Pourtant, selon nos traditions africaines, c’est le vieux qui donne l’exemple. Il se pose en modèle que les plus jeunes consultent. Mais, avec un Condé qui s’amuse, toute honte bue, avec le destin de son peuple, c’est l’une des valeurs les plus sacrées de la sagesse de chez nous qui est malmenée, prise en chasse : le respect de la parole donnée. La valeur d’un homme ne se mesure t-elle pas à l’aune de sa parole et de l’exécution de ses promesses?

Wait and see !

 

Seydi B

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