ALPHA CONDÉ : nouveau mandat, même président

Qui a suivi la toute première sortie médiatique du président Alpha Condé, après la confirmation de sa réélection par la Cour constitutionnelle ? On en apprend essentiellement que le changement n’est pas pour aujourd’hui. En effet, dans ces premiers propos en ce début de son troisième mandat, le président Alpha Condé est resté égal à lui-même : rustre, banal et porté sur la défiance. Ce qui est loin de la rupture qui nous aura été tant vantée depuis des mois.

Pour comprendre le décalage entre les propos du président réélu et le contexte plutôt pesant du moment, il convient de rappeler que le verdict de la Cour constitutionnelle qui venait d’être rendu quelques heures plus tôt intervenait au terme d’une crise qui aura globalement tenaillé le pays pendant deux ans. Qu’au cours de cette crise, près 150 Guinéens ont perdu la vie, que de nombreux autres en sortent blessés aussi bien physiquement que moralement, que des biens publics et privés ont été pillés, mais surtout que la Nation en sort particulièrement divisée. Et les premiers mots du président déclaré vainqueur au terme d’un processus aussi chaotique que laborieux sont ceux-ci : « Il n’y aura plus de pagaille en Guinée, il n’y aura plus de zone de non droit. Désormais, on va commencer à faire le contrôle. Tous les gens qui ont construit de grandes villas, on va enquêter pour savoir comment ils ont construit. Est-ce avec leur salaire ou avec un prêt bancaire ? Et ça concerne tout le monde, opposition comme mouvance présidentielle ». En lieu et place du leader qui rassemble et panse les plaies, c’est encore le président bagarreur. Le président qui savoure son triomphe et non celui qui épouse l’humilité qui sied au moment. « Malgré toutes les menaces, le peuple de Guinée s’est massivement mobilisé. Particulièrement les femmes et les jeunes. On a eu presque 80 % de taux de participation. Le peuple de Guinée, depuis 1958, a montré que c’est le peuple qui décide, et personne d’autre. Et le peuple vient de le démontrer à nouveau », jubile-t-il encore. Eh bien, de ce côté-là, la continuité va décidément l’emporter sur le changement.

Ensuite, quand le président Alpha Condé annonce que « l’impunité est finie, le copinage est fini, le népotisme est fini, le détournement des biens de l’Etat est fini », réalise-t-il seulement la remise en cause qu’il s’inflige à lui-même ? En effet, quand soi-même, on a passé 10 ans à la tête du pays, comment peut-on espérer impressionner un auditoire en lui annonçant seulement maintenant la fin de toutes ces pratiques aux antipodes de la gestion vertueuse ? N’est-ce pas là la meilleure façon d’avouer que la corruption et les pratiques assimilées ont fait partie de la gestion des deux précédents mandats ? Et sur le fond, n’est-ce pas ce qu’on entend depuis dix ans ? Des promesses et encore des promesses. Des menaces et encore des menaces, mais qui à force de se répéter ne font plus rêver, ne font plus peur. Le président Alpha Condé ne le sait peut-être pas suffisamment. Mais les premiers que ce type d’annonce fait sourire sont dans son entourage immédiat. Et c’est en cela qu’il n’a pas une saine lecture de la réalité. Se croyant fort – parce que c’est ce qu’on lui faire croire – il est convaincu de détenir la réalité du gouvernail. Alors que dans les faits, il est l’otage de son entourage. Autour de lui, on écoute et applaudit ses menaces et mises en garde. Mais dans son dos, chacun fait ce qu’il fait, parce que tout le monde demeure convaincu qu’il n’en sortira rien. Et le président, lui, comme toujours sera focalisé sur ses opposants. Il en a ainsi été des deux précédents mandats. Il en sera certainement ainsi de celui qui commence. Parce que les mandats changent, mais le président demeure.

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