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Une nouvelle vague d’interpellations intervenue mi-décembre 2020 a fait monter le nombre des détenus dans le cadre des contestations post-électorales à plus de 400 personnes.

Deux mois après leur arrestation – qualifiée d’« arbitraire » par des défenseurs des droits humains – en marge des manifestations contestant, sur le fond et la forme, la victoire d’Alpha Condé à l’élection présidentielle du 18 octobre 2020, plusieurs centaines de personnes, dont quelques personnalités de l’opposition et des dizaines de Guinéens mineurs, croupissent toujours en prison. Vendredi 8 janvier, ils attendaient toujours d’être entendus par un juge.

La réélection d’Alpha Condé pour un troisième mandat, rendue possible par l’adoption à la hussarde d’une nouvelle Constitution, est intervenue au terme d’un processus long de plusieurs mois marqué par des éclats de violences meurtrières.

« Depuis le début de la contestation, en octobre 2019, la stratégie d’intimidation du pouvoir n’a cessé de se radicaliser », dénonce Abdourahmane Sanoh, coordinateur national du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), large mouvement réunissant partis d’opposition, syndicats et mouvements de la société civile opposés au troisième mandat.

« Depuis l’élection, les forces de l’ordre ont fait un usage excessif de la force, tuant par balles plus d’une dizaine de personnes et arrêtant des centaines d’autres lors de manifestations ou d’opérations de police dans des quartiers perçus comme favorables à l’opposition », dénonce ainsi Amnesty International. « Rien n’est fait pour lutter contre la culture de la répression politique qui existe en Guinée », s’inquiète Kiné-Fatim Diop, chargée de campagne pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty.

Plusieurs hauts responsables de l’UFDG

Le président de la cour d’appel de Conakry a ainsi reconnu, le 31 octobre 2020, que 325 personnes avaient été interpellées dans le cadre des violences post-électorales. Elles seraient aujourd’hui plus de 400, compte tenu d’une nouvelle vague d’arrestations intervenue mi-décembre.

Parmi les détenus figurent plusieurs hauts responsables politiques de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) : Ibrahima Chérif Bah, vice-président de ce principal parti d’opposition ; Ousmane « Gaoual » Diallo, ancien député et ex-porte-parole du candidat UFDG à la présidentielle ; Abdoulaye Bah, ancien maire de Kindia ; et Mamadou Cellou Baldé, coordinateur des fédérations de l’intérieur.

On note aussi à leurs côtés la présence d’Etienne Soropogui, président du mouvement Nos valeurs communes. « Toutes [ces personnalités] sont inculpées pour détention et fabrication d’armes légères, association de malfaiteurs, trouble à l’ordre public, pillage et destruction, participation à un attroupement, propos incitant à la violence, précise Modibo Camara, membre du collectif des avocats mobilisés par l’UFDG. Elles rejettent ce qui leur est reproché. On les accuse de détention et de fabrication d’armes alors qu’il n’y a eu aucune perquisition. Il y a tellement d’incohérences qu’on ne peut imaginer que la relaxe. »

Des conditions de détention « exécrables »

Les prévenus – personnalités comme anonymes – sont détenus à la maison centrale de Conakry dans « des conditions exécrables, au milieu des condamnés de droit commun, alors qu’eux sont clairement des prisonniers politiques », dénonce l’avocat. « Mon mari dénonçait les malversations du pouvoir, c’est la raison pour laquelle on veut le faire taire », plaide l’épouse d’Ousmane « Gaoual » Diallo.

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